La solidarité s’organise en Grèce

Publié: juin 6, 2013 dans Articles / Press / Grèce
Les Grecs s'entraident
Collecte de nourriture à la sortie d’un supermarché d’Athènes
© Amélie Poinssot

Création de dispensaires, collectes alimentaires, les initiatives se multiplient pour aider les citoyens affaiblis par la politique d’austérité.

Ce soir-là au dispensaire autogéré de Thessalonique, les bénévoles ne savent plus où donner de la tête. Les patients affluent, le téléphone ne cesse de sonner: c’est le jour où l’on délivre gratuitement les médicaments. Dans la petite pièce qui fait office de pharmacie, quatre personnes s’activent pour préparer les ordonnances. Voula, mère de deux enfants, la quarantaine, est venue consulter le psychologue. « C’est la première fois que je viens. J’ai entendu parler de ce lieu grâce au bouche à oreille. Je n’avais plus d’autre possibilité pour me soigner : je n’ai plus de couverture sociale depuis que je suis au chômage. » Comme Voula, un tiers de la population grecque n’est plus prise en charge par la sécurité sociale.

Face à ce constat, à Thessalonique – la deuxième ville du pays –, une équipe de médecins, d’infirmières et de médecins bénévoles a créé ce dispensaire il y a deux ans. Depuis, la demande est allée croissant, et tout un réseau s’est créé autour de la clinique. Outre le suivi médical qu’elle propose à différents niveaux (permanences quotidiennes assurées par des généralistes, dentistes, cardiologues, pédiatres, ORL, psychologues, psychiatres…), elle organise pour les patients qui le nécessitent une prise en charge gratuite dans certains hôpitaux, grâce au bon vouloir de médecins hospitaliers solidaires du mouvement : radios, examens approfondis, opérations…

« Notre objectif, explique le professeur de médecine sociale Alexis Bénos, un des piliers du mouvement, est de ne laisser personne seul dans la crise. Mais il ne s’agit pas de philanthropie : ce que nous proposons, ce n’est pas simplement un service gratuit pour les patients, c’est un nouveau modèle, où tout un chacun est concerné et est invité à se mobiliser. » Au total, quelque 200 personnes font vivre ce lieu au quotidien, en l’absence de toute hiérarchie : les décisions ne sont prises qu’après discussion, en assemblée générale.

L’initiative a fait des petits dans plusieurs villes du pays. à Athènes, deux dispensaires tournent ainsi à plein régime : le dernier a ouvert cet hiver, dans la périphérie ouest de la capitale, où se trouvent les quartiers les plus défavorisés de la métropole. Nous y faisons la connaissance de Maria Psoma, une jeune femme qui gère avec enthousiasme le secrétariat. à vingt-quatre ans, après avoir travaillé pendant un an et demi dans un laboratoire de chimie, cette Grecque trilingue s’est retrouvée au chômage et sans aucune perspective professionnelle, rejoignant ainsi la cohorte des jeunes Grecs chômeurs dans une écrasante majorité.

Nombre d’entre eux sont tentés par l’émigration… pas Maria : « Si nous partons tous, que va-t-il advenir de notre pays ? Partir, c’est un aveu d’échec… Moi je refuse de quitter mon pays tant que la troïka [Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international, ndlr], responsable de la politique qui nous a mis dans cette situation, ne sera pas elle-même partie. » Ici au moins, Maria se sent utile : « Ce qui me motive, c’est de voir ce que nous apportons aux gens ! » Même conviction pour Georgia Kourakou, dentiste libérale le matin dans son cabinet, dentiste bénévole le soir au dispensaire : « Nous voyons dans ce centre des patients très mal en point. Je viens de recevoir un enfant dont la dentition ressemblait à celle d’une personne de 70 ans… »

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