Des détenus révèlent l’horreur d’un « hôpital-prison » grec

Publié: mars 9, 2014 dans Articles / Press / Grèce

Toutes les photos de l’intérieur de l’hôpital-prison ont été postées sur Facebook.
Des matelas à même le sol, des cellules pleines à craquer, des médecins en sous nombre. Voilà le quotidien des détenus de l’hôpital prison de Korydallos, en Grèce. Grâce à des photos prises avec un smartphone introduit discrètement dans l’établissement, ils tentent de briser le silence autour de cette prison de  « l’enfer ».
Les prisonniers de Korydallos sont en grève de la faim depuis mi-février pour dénoncer leurs conditions de vie dans l’hôpital prison où ils sont incarcérés. Ils mettent notamment en cause la surpopulation des cellules qui, selon eux, contribue à la propagation des maladies infectieuses  L’établissement, qui a une capacité de 60 détenus, accueillerait actuellement plus de 200 prisonniers.

Les  images de l’établissement postées sur Facebook et sur Twitter depuis le 20 février par les détenus sont effectivement sans appel. Le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, a exprimé son inquiétude, demandant qu’une solution soit trouvée.
De son côté, le ministre grec de la Justice a expliqué, lundi, que le personnel de l’établissement serait renforcé et qu’une nouvelle législation permettra à certains malades condamnés à moins de 10 ans de détention d’être libérés avant d’avoir purgé l’intégralité de leur peine.

Des patients sur des lits superposés dans l’hôpital prison de Korydallos.

CONTRIBUTEURS
« On dort avec des détenus atteints de tuberculose, d’hépatite ou encore de la gale »
Dimitris (pseudonyme)  est un détenu de l’hôpital prison de Korydallos, situé à l’ouest d’Athènes. Atteint d’un cancer, il y vit depuis plusieurs années.

Nous avons lancé plusieurs mobilisations ces dernières années. Des promesses ont été faites, mais aucune n’ont été tenues. Cette fois, nous avons fait entrer illégalement un téléphone avec une connexion Internet afin de pouvoir donner un écho à notre grève sur les réseaux sociaux, et de prendre le monde à témoin.
Ici, il y a des patients atteints de cancers, de problèmes rénaux, de maladies respiratoires. Par ailleurs, plus de la moitié sont séropositifs. D’autres encore ont des maladies contagieuses comme la tuberculose, l’hépatite ou encore la gale. Et nous vivons tous les uns sur les autres, peu importe que nous ayons des maladies contagieuses ou non.

Selon les détenus, il s’agit de la seule cellule où il n’y a pas de lits superposés.

Le 16 février, la grande majorité d’entre nous est entrée en grève de la faim et des soins, après que certains ont attrapé la gale dans la prison. Il est également indispensable que nous ayons tous droit à un test de dépistage de la tuberculose, mais pour l’heure, seule une poignée d’entre nous l’a obtenu.

La perfusion d’un détenu accrochée à un manche de balais.

“On est une vingtaine à se partager une cellule de 30 mètres carrés”
C’est l’enfer. On est une vingtaine à se partager une cellule de 30 mètres carrés. Il n’y a aucune chambre individuelle pour les plus âgés ou les plus malades. Les gardes restent le plus souvent à l’extérieur des murs de la prison. Et quand ils doivent entrer pour nous compter, ils portent des masques et des gants. Il y a seulement deux docteurs. Les infirmières sont deux ou trois le matin, mais l’après-midi et la nuit, il n’y en a plus qu’une seule. Et l’hôpital est sale et insalubre.
Un détenu dans une salle de douche.
On nous répète qu’il n’y a pas d’argent pour les médicaments. Alors récemment, des co-détenus se sont cotisés pour payer le traitement d’un patient atteint de la maladie d’Hodgkin qui en avait besoin pour survivre.
On manque aussi cruellement d’équipement. Quand un patient doit être transféré en urgence dans un vrai hôpital, ça prend des heures car l’ambulance doit être escortée par la police, ce qui ralentit sérieusement les choses.
Beaucoup d’entre nous purgent des peines pour des crimes financiers. Nous n’avons rien fait de violent. On est des êtres humains et on ne comprend pas comment on peut-être traités ainsi.

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