Grèce : quand le gou­ver­ne­ment regarde les malades crever

Publié: mars 28, 2014 dans Articles / Press / Grèce

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La situa­tion médi­cale en Grèce est qua­si­ment com­pa­rable à celle d’un pays en guerre. Ce sont des méde­cins alle­mands qui le disent. Moyennant quoi, le ministre de la Santé empêche les malades de se soigner.

«  Les mala­dies comme le can­cer ne sont urgentes qu’en phase avan­cée  ». Quant on a pour ministre de la santé un ex ven­deur de livres on peut s’attendre à ce genre de perle. Quant ces bou­quins sont en prime des bou­quins anti­sé­mites et racistes qui vantent la supé­rio­rité de la civi­li­sa­tion grecque, on ne doit pas être étonné du mépris de ce ministre envers ses assu­rés. Mais Adonis Georgiadis qui vient de l’extrême droite n’est pas à sa pre­mière décla­ra­tion fra­cas­sante. Lorsque Médecins du Monde s’est inquiété auprès de lui du nombre crois­sant des enfants non vac­ci­nés « il a tout sim­ple­ment nié » sou­ligne Liani Mailli, pré­si­dente de MDM-Grèce . Pourtant les chiffres sont là : Médecins du Monde a vac­ciné plus de 9000 enfants en 2013, enfants dont les parents n’étaient plus assu­rés ou ne pou­vaient pas payer les vaccins.

Qu’à cela ne tienne, Adonis Georgiadis a pro­cédé lundi der­nier [article publié sur Charlie Hebdo N°1133 du 5 mars 2014] à la fer­me­ture pure et simple de tous les centres de sécu­rité sociale, plon­geant dans le désar­rois tous les assu­rés sociaux et pas seule­ment. Du jour au len­de­main, 5500 méde­cins on été mis en dis­po­ni­bi­lité. But de l’opération, « ratio­na­li­ser » le sys­tème de santé EOPY « Le Réseau National de Santé du Pays » — qui était déjà le fruit d’une pré­cé­dente « ratio­na­li­sa­tion » vieille de deux ans. En réac­tion, l’ensemble des méde­cins ont occupé toute la semaine plu­sieurs centres de santé. Pendant trois jours Georgos Georginis, ortho­pé­diste, a soi­gné des dizaines de per­sonnes à même le trot­toir dans une infir­me­rie de for­tune. Il est hors de lui, « S’ils vou­laient juste refor­mer, ils n’avaient qu’à le faire en gar­dant les centres ouverts mais la phi­lo­so­phie est : on se fout de vous, de votre santé, c’est démer­dez vous, nous on rai­sonne en chiffres ».

De fait Adonis Georgiadis applique à la santé la recette appli­quée en juin der­nier à la télé­vi­sion natio­nale : on ferme et on réflé­chit après.

25% DE LA POPULATION SANS COUVERTURE MÉDICALE

Mais c’est une chose de dire « tu ne vois plus de télé » et une autre de dire « tu ne te soi­gne­ras plus ». Adonis Georgiadis n’a rien prévu pour palier à ce vide de soin si ce n’est envoyer les malades vers les hôpi­taux déjà sur­char­gés, en manque d’effectifs et sou­vent en panne de maté­riel le plus basique. Georgos Georginis s’inquiète pour ses patients : « Le temps d’attente pour n’importe quelle consul­ta­tion, est de 8 à 10 heures. Pour les per­sonnes âgées, c’est impos­sible d’attendre aussi long­temps. Soient elles vont dans le privé et payent, soit elles ne se soignent pas. Dans le meilleur des cas, elles vont dans l’un des dis­pen­saires de soli­da­rité. Quelle régres­sion ! ».

Une régres­sion qui ne s’arrête pas là. Selon la der­nière étude parue dans The Lancet, l’un des maga­zines médi­cal les plus impor­tants, depuis le début de la crise, la mor­ta­lité infan­tile a aug­menté de 43%, le nombre d’enfants qui naissent avec un poids infé­rieur à la nor­male de 19%, le nombre d’enfants morts nés de 21%. D’autres études montrent que l’espérance de vie a baissé de trois ans, le taux de nata­lité a régressé au niveau des années 50, et les sui­cides ont aug­menté de 45%. Quoi de plus nor­mal, le bud­get de la santé a baissé de 25%, celui des inves­tis­se­ments publics pour l’achat de médi­ca­ments de 50%. Mais Adonis Georgiadis, qui se vante d’être encore plus en faveur de l’austérité que la Troika elle même, ne veut rien savoir. « les réformes doivent conti­nuer » martèle-t-il. Et il menace en direct à la télé les méde­cins gré­vistes avec la même fougue qu’il vend ses livres sur les pla­teaux de télévision.

Apres six années de réces­sion le nombre des non-assurés en Grèce est estimé à plus d’un quart de la popu­la­tion. Un groupe de méde­cins alle­mands a récem­ment visité le pays. Dans son rap­port il com­pare la situa­tion des non assu­rés en Grèce à celle de patients dans les pays en recons­truc­tion après une guerre, « on ampute des dia­bé­tiques faute de soins, on laisse des can­cé­reux mou­rir, les femmes enceintes ne font plus de contrôles pré­na­tals. C ‘est juste inima­gi­nable. »

Dans les pri­sons, les malades ne sont plus soi­gnés. A la pri­son de Korydallos, 209 malades, dont 130 séro­po­si­tifs, on tiré la son­nette d’alarme : l’État disent-il « nous condamne à mort ».

Pas grave, Adonis Georgiadis est cer­tai­ne­ment pour la peine de mort.

Angélique Kourounis

Publié avec l’accord de Charlie Hebdo.

commentaires
  1. Martu Migliaro dit :

    Ëpatant article.

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