Compte-rendu de la journée de mobilisation Blockupy Francfort

Publié: mars 20, 2015 dans P/Actualité

ManifPar Alexis Cukier 

Blockupy Francfort a été une belle réussite : environ 20.000 manifestant-e-s (en comptant les personnes présent-e-s le matin pour le blocage, celles et ceux qui étaient là pour le meeting internationaliste ainsi que les manifestant-e-s l’après-midi), et entre 5000 et 10000 policiers venus de toute l’Allemagne pour cette occasion.

Nous étions une centaine de manifestant-e-s français-e-s dans les bus au départ de Paris, principalement des militant-e-s d’Attac et Solidaires, une trentaine de jeunes de diverses organisations autonomes et anarchistes, trois journalistes, quelques militant-e-s de la CGT, 7 militant-e-s d’Ensemble (et d’autres nous ont rejoint à Francfort). La participation d’Ensemble à l’organisation en France a été l’occasion d’approfondir des liens associatifs et syndicaux (notamment avec Attac et Solidaires) et la rencontre à Francfort de « prendre la température » et de nouer des liens politiques (notamment avec Die Linke et Attac Allemagne). Les discussions lors du trajet et de la mobilisation étaient intéressantes et constructives.

L’organisation française a été parfaite, très bien coordonnée à celle des organisatrices et organisateurs allemands de Blockupy, qui ont déployé un dispositif d’information, de blocage, de coordination, d’orientation et de soutien très efficace et qui m’a beaucoup impressionné. L’aspect logistique était principalement pris en charge par Die Linke et Attac Allemagne, et la coordination dans les divers points de blocage, de rendez-vous et de manifestation par des militant-e-s de Blockupy facilement reconnaissable, très bien organisés (organisatrices et organisateurs avec oreillettes et traductions dans toutes les langues, moments de concertation, lieux de repos, et de ravitaillement en eau, café et nourriture,  bonne connaissance du dispositif policier). Le tout avec le sourire et dans une ambiance festive et agréable. En somme, nous avons été très bien accueillis.

Du côté de la police, même si je n’ai pas tout vu, l’organisation était également efficace : barrages systématiques avec des groupes de 30 à 200 CRS à tous les ponts, dans toutes les rues, à tous les points d’accès possibles vers la tour de la BCE (photo), il n’y avait aucune chance d’en approcher. Les invité-e-s de la fête organisée pour l’inauguration de cette tour sont arrivés par hélicoptère, et du matin jusqu’au soir, plusieurs hélicoptères ont également surveillé la ville. Dans la matinée, quelques affrontements ont eu lieu avec la police (avec une violence contrôlée mais présente pour celles et ceux qui choisissaient de rester au contact des policiers : matraquage, arrachage de banderoles, spray au poivre, et des centaines de camions et quelques petits « tanks » prévus pour les émeutes urbaines), aux points de blocage choisis par les organisateurs de Blockupy et auxquels nous avons été conduits  ainsi que dans d’autres lieux plus rapprochés de la tour de la BCE, où quelques barricades enflammées et projectiles en pierre ont été employés par les manifestant-e-s les plus désireux-ses de s’affronter à la police. Il y avait manifestement le matin une ambiance d’émeute urbaine, d’intensité moyenne : les écoles du centre ville étaient fermées, une partie de la ville était remplie de petits groupes de manifestant-e-s et de petites barricades. Dans l’ensemble cependant – c’est une appréciation personnelle, basée sur ce que nous avons vu ainsi que sur les annonces de la police et des journaux allemands –, le degré de conflictualité était de part et d’autre contrôlé.

MeetingCeci étant dit, ce qui a massivement prévalu était l’ambiance festive, très politisée et internationaliste : militant-e-s essentiellement d’Italie, d’Espagne, de Grèce, de France et d’Allemagne, avec des banderoles dans toutes les langues (souvent traduits en grec et avec le drapeau de Syriza), tracts, chansons, camionnettes avec musique, clowns, parapluies, flyers, chansons et fête urbaine. Une grande partie des slogans et interventions faisaient référence au peuple grec et à Syriza, qui étaient à l’honneur (appréciation personnelle : il y avait quelque chose d’enthousiasmant à ce qu’enfin une référence politique fasse l’unanimité, y compris chez les plus radicaux). Le mouvement de solidarité avec le peuple grec et Syriza – porté notamment par Die Linke – m’a semblé important, autour de la campagne : « My big fat greek solidarity ». Il y avait un bon niveau de politisation, de radicalité et d’internationalisme, notamment des slogans allemands et italiens qui étaient les plus repris) : « Brecht die Macht der Banken und Konzernen » (« brisons le pouvoir des banques et des intérêts financiers »), « Wer Europa will, muss es den Reichen nehmen » (« Qui veut l’Europe, doit prendre les richesses » – slogan de Die Linke), « Ah, anti, anticapitalista ! », « Siami tutti antifascisti » (nous sommes tous antifascistes) et se sont fait entendre de nombreux « One solution, revolution », « Kommunismus, kommunismus » et « Klasse gegen klasse » (classe contre classe) dans la manifestation. Dans le cortège français, conduit par Solidaires et Attac, nous avons chanté notamment : « A toux ceux qui veulent, nous faire payer leur crise : le monde répond : Blockupy », « C’est pas les grecs, c’est pas les espagnols, c’est les capitalistes (ou : c’est la BCE) qui nous coûtent cher ». « Si tu pends pas l’banquier, t’auras toujours la dette, si tu pends pas l’banquier, t’auras l’austérité / Pends, pends, pends ton banquier, pour annuler la dette, pends, pends, pends ton banquier, contre l’austérité », et « Avec les grecs, et toute l’Europe, ni memorandum, ni austérité ».

Le meeting à Römerplatz, qui était le moment principal de la journée, a également été une belle réussite. Plusieurs milliers de personnes ont écouté une quinzaine d’intervenant-e-s, notamment Giorgos Chontros de Syriza, Miguel Urban de Podemos (le plus impressionnant d’un point de vue rhétorique) et Naomie Klein. Le message principal était : démocratie contre capitalisme, Non à l’Europe néolibérale, aux dikats financiers, à la Troïka, au conflit entre les nations, à l’extrême-droite à la xénophobie, Oui à la lutte des classes, à une Europe sociale, solidaire et écologique. De nombreux intervenant-e-s, notamment Naomie Klein, ont insisté sur l’importance de la mobilisation internationale lors de la Cop21, et rendez-vous a été pris à Paris en décembre prochain.

En somme, c’était une belle fête internationaliste et une mobilisation importante des forces sociales, syndicales et politiques de la gauche européenne.

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