Grèce : « la catastrophe sanitaire s’aggrave »

Publié: mai 20, 2015 dans Articles / Press / Grèce
source / par EUGENIE BARBEZAT

Les membres de la délégation devant une affiche portant l’inscription « mazi », qui signifie « ensemble »
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Du 11 au 16 mai, des membres du collectif « Solidarité France Grèce pour la Santé » sont allés à Athènes, à la rencontre des personnels des dispensaires sociaux et solidaires autogérés. Leurs observations sont alarmantes.

Ce collectif, composé d’élus, de militantes et militants syndicaux, politiques ou issus de la société civile, majoritairement des professionnels du soin, de la santé et du médicament en France mais aussi de l’éducation s’est constitué il y a deux ans avec pour objectif  de soutenir matériellement dispensaires et pharmacies sociales et solidaires en Grèce grâce à des collectes d’argent et de médicaments. 

La volonté des membres du collectif  (ATTAC, Coordination des comités de défense des maternités et hôpitaux de proximité, CODEGAS, CGT Sanofi, SNESUP-FSU, SUD Santé Sociaux, SMG, USMC/SNCDCS,  Ensemble, NPA, PCF, PG),  est également de manifester un soutien politique à cette nouvelle forme de résistance aux mesures d’austérité appliquées à la Grèce depuis 2008.

Afin d’apporter sur place des médicaments, du matériel médical et de l’argent, mais surtout pour mesurer sur place l’ampleur des besoins, une délégation a été constituée et s’est rendue à Athènes du 12 au 16 mai dernier. Michèle Montel, responsable CGT chez SANOFi a pu notamment constater  » l’état de délabrement du système de santé qui est de plus en plus difficilement pallié par les solidarités intra familiales, qui s’épuisent. C’est bien pire qu’il y a deux ans, précises-t-elle. Comme les personnes sans emploi n’ont pas d’assurance sociale, il y a de gros problèmes, particulièrement au niveau de la santé bucco-dentaire et du fait du manque de vaccins.« 

Les hôpitaux sont en faillite : « Nous avons visité Sotiria, hôpital historique et  de référence pour les Balkans des maladies respiratoires et de la tuberculose. Il est au bord de l’effondrement.
D’une part, il est sous-financé et manque crucialement de personnel et de matériel. (5 services ont été fermés à Sotiria). L’incidence de la tuberculose explose, le taux de suicides augmente et la plupart des cancers ne sont plus soignées. La malaria et la rage sont réapparues.
La surcharge de travail des personnels soignants est énorme et due en partie à la désorganisation des soins primaires. (112 patients vus aux urgences en 12h de garde pour une seule praticienne). Les effectifs paramédicaux sont en chute libre du fait des départs en retraite non remplacés.
D’autre part, une violence inouïe s’exerçait sur les patients. Avant l’arrivée au gouvernement de Syriza l’administration demandait par exemple aux femmes enceintes 1000€ par accouchement. A défaut de paiement, il était fait pression sur les membres de la famille et à défaut, intervenait la saisie des biens au domicile. Des familles étaient poussées à la ruine dans les cas où un de leurs membres étaient atteints de maladie chroniques nécessitant une hospitalisation. Il a été fait aussi état de personnes se suicidant à l’annonce d’une maladie grave pour éviter d’être une charge intolérable pour leurs proches.
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Autre problème majeur sur lequel la délégation tient à insister : une demande psychiatrique et psychologique forte de la part des usagers, conséquences directes de la pauvreté et de la précarité. Or Pour des raisons budgétaires et en réponse aux exigences de la Troïka, nombres d’hopitaux psychiatriques ont été fermés ces derniers mois en Grèce, ce qui surcharge encore les hopitaux déjà débordés et pose des problèmes de cohabitation entre les patients. « Sur les huit établissements publics de psychiatrie il n’en reste que trois ouverts. Les structures extrahospitalières et associatives ont fermés les unes après les autres.
A Dafni, sur les mille poste de soignants à l’origine il n’y en a plus que 500 de pourvus, ils assurent les oins pour 1100 patients hospitalisés et l’accompagnement de 600 en extra hospitalier.
La demande de soins a augmenté de 60% en quelques années, la part des hospitalisations sur demande judiciaire est largement majoritaire (60%) les autres sont abandonnés à la rue ou à charge des familles.
Personnels et malades collaborent à la survie de l’hôpital, par exemple en vendant le produit de cultures vivrières locales à l’entrée de l’hôpital. Si les mesures imposées par l’Union européenne sont suivies cet hôpital fermera en Juin prochain. Les personnels ont décidés sont organisés pour de résister coûte que coûte. Ils se sont organisés. A terme c’est la disparition quasi-totale des hôpitaux publics de psychiatrie qui est visée par les politiques imposée par l’Union Européenne.
Dans tout ce marasme les personnels encore présents, toute catégories confondues, œuvrent à maintenir des soins diversifiés et de qualité. Comme elles et ils nous l’ont confié alors qu’à une autre époque ils militaient pour une psychiatrie extrahospitalière sectorisé ils sont contraints aujourd’hui à se battre pour sauver leur hôpital, seule condition pour garder leurs maigres moyens. La pédopsychiatrie est réduite à quasi néant et cela demande plus de sept mois pour obtenir un rendez-vous.
En psychiatrie comme ailleurs les patients sont orienté vers le privé lucratif. Des cliniques de haut niveau pour patients solvables, mais dans le cas des patients de psychiatrie il existe aussi des cliniques bas de gamme où l’on peut trouver des situations avec des malades majoritairement sous contention physique (la nuit, une psychiatre, deux soignants pour… 240 patients !).
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Face à la faillite du système de santé, aujourd’hui, une cinquantaine de dispensaires solidaires sociaux ont vu le jour avec la crise et fonctionnent dans toute la Grèce grâce à l’action et au travail de volontaires. Médecins, généralistes ou spécialistes, dentistes, pharmaciens, psychologues et  personnels paramédicaux et administratifs s’y impliquent avec le soutien actif des citoyens qui collaborent à ces structures.
« Les témoignages des volontaires militants de ces dispensaires montrent l’importance de l’action collective pour le droit à la  santé, pour la dignité de chacune et de chacun. Nous avons aussi observé qu’une majorité de ces dispensaires s’inscrivent également dans une multitude d’actions solidaires sur les déterminants de santé (alimentation, logement, vêtements, culture, éducation…) », précisent les Français qui viennent de rentrer d’Athènes. « Nous avons  constaté que leur démarche de solidarité ne s’arrête pas aux frontières : le soutien aux combattantes et combattants kurdes de Kobané par l’apport de matériel médical en témoigne ainsi que l’aide à l’obtention de papiers pour les personnes émigrées. », une belle leçon de solidarité pour l’Europe dont les membres les plus riches veulent faire une forteresse.

Rencontre avec le ministre (Siriza) de la santé
La délégation a également été reçue par le Ministre grec délégué à la Santé, Monsieur Andréas Xanthos ainsi que par le Ministre des affaires sociales et de la santé, Panayotis Kouroublis. A cette occasion Andréas Xanthos, le co-fondateur du premier dispensaire social en Crête Rethymnon en 2008, lui-même médecin hospitalier et actuellement vice-ministre de la santé, leur a fait part de ses inquiétude face à la situation sanitaire, sous-évaluée jusqu’en 2012 par les autorités au pouvoir. Il considère que les pratiques des dispensaires ont permis de mesurer la réalité de la catastrophe sanitaire et Syriza a déjà pris quelques mesures d’urgence dont le rétablissement et l’extension de la couverture maladie, la suppression du forfait hospitalier de 5€, l’accès aux  soins primaires gratuits quel que soit la nationalité, le revenu, le statut de l’emploi et la position sociale. Mais la restauration du système de santé prendra du temps, d’autant que les instances européennes tentent de bloquer toutes ces réformes sociales au profit d’un remboursement rapide de la « dette » grecque. « Le temps est un enjeu crucial« , leur a précisé Andréas Xanthos, qui déplore le cynisme de Bruxelles face au danger mortel que courent des milliers d’enfants et des personnes âgées grecs faute de soins adaptés.

Il s’agit aujourd’hui de créer un rapport de force européen sur la question du médicament face à la puissance des multinationales de l’industrie pharmaceutique. Notamment pour les enjeux cruciaux du contrôle des prix, de la production, du brevet, de la commercialisation et du cadre légal.
Au-delà, du secteur de la santé, le collectif souligne l’importance des liens de convergence des luttes contre l’austérité qui se constituent dans chaque pays, en Europe, précieuses pour le gouvernement Grec et pour la démocratie Européenne.

« Tous les peuples d’Europe sont concernés. La Grèce est un test pour l’Europe libérale. Agir partout, se rassembler dans une lutte coordonnée et solidaire contre une austérité décrété par des politiques qui agissent contre l’intérêt des peuples est incontournable.  Contre les politiques nationales qui y concourent et contre les injonctions de l’Europe financière, pour revendiquer la construction d’un Europe sociale.
Nous sommes tous revenus  avec une foule d’informations à transmettre, des compétences à rassembler, des liens à faire vivre, des actions à mettre en œuvre. » conclue Danièle Montel.

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