Carnet de voyage

Publié: mai 24, 2015 dans La délégation du 12 au 15 mai
1er jour

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Nous sortons d’une pharmacie autogérée. Les besoins du quartier autour des écoles ont rassemblé des parents d’élèves pour organiser la collecte et la distribution de médicaments. Quelle énergie, quelle détermination ! Dans cette pharmacie (Patissia), on accepte tout le monde sans considération politique ni religieuse…

Cette pharmacie est membre du réseau « Solidarité pour Tous ». L’objectif est de répondre aux besoins, mais surtout de faire prendre conscience au plus grand nombre de la nécessité d’une couverture maladie pour tous.

La crise est omniprésente, l’angoisse du lendemain, l’absence d’accès aux soins pour les chômeurs, les étudiants, et pour tous aux soins dentaires.

Il manque de médicaments pour les enfants, du lait, des couches, des vaccins, etcIls ne veulent rien demander aux industriels de la pharmacie pour ne pas servir de support publicitaire («on fait autrement…»). Les locaux ont l’allure d’un centre culturel: les murs sont couverts d’affiches, d’appels à manifester avec les profs, avec les femmes de ménage aux gants rouges levés, et d’étagères de médicaments classés.

Et la joie d’être ensemble, solidaires : «nous espérons que le gouvernement réussisse, mais c’est dur avec l’Europe !»

Et l’affiche des dispensaires autogérés le stéthoscope dessinant un cœur… 

La Grèce est là, en mouvement, digne et courageuse.

Bernard

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Nous avons atterri à Athènes lundi soir. Notre première journée, mardi 12 mai, a été très dense. Notre groupe a rencontré des volontaires animant trois dispensaires, les coordinateurs de la « Solidarité pour Tous » et le ministre de Santé.

Tous témoignent d’un pays, d’un peuple dans les affres d’un système néolibéral. Tous soulignent l’importance de nos rencontres et de nouer des liens de solidarité.

Le moment est extrêmement important et la bataille est dure au niveau européen.

Les dispensaires et pharmacies sociaux sont des groupes autogérés, des espaces de démocratie qui visent, par leurs actions, à l’accès à la santé pour tous. L’accès à la santé est lié au problème de l’emploi, car, en absence de travail, il n’y pas de couverture médicale.

La conséquence est qu’il y a une urgence sanitaire. Le ministre confirme qu’un accès aux soins est une priorité. Actuellement les demandes sont fortes.

Dans nos rencontres lors des visites des dispensaires (Néa Ionia, Korydalos, Athènes-centre), nous constatons que des consultations de spécialistes sont organisées dans différentes pathologies. Les faits marquants sont les soins dentaires et le soutien psychologique (30% des consultants).

Les contacts sont chaleureux et des liens et des initiatives sont en construction.

à suivre…

Fraternellement, La délégation CGT Sanofi

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2e jour

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Une journée bien remplie. Dès 09h00, nous nous organisons des groupes pour assurer tous les rendez-vous. À 10h30, nous sommes attendus dans deux dispensaires, à Virones et à Patissia ; à 12h30 à Peristeri ; à 17h30 à Ellinikon, le plus grand dispensaire d’Athènes. À 20h30, réunion de toute la délégation (26) avec la coordination des pharmacies et dispensaires sociaux de la région d’Athènes. De nombreuses interventions de professionnels de santé pour expliquer la constitution de leur démarche, témoigner de la situation sanitaire…

Partout des accueils chaleureux, des inquiétudes, des échanges, des informations, des questions et une énergie communicative.

Une évidence confirmée : la situation sanitaire catastrophique, notamment par l’explosion des besoins en soins dentaires et une demande forte d’aide psychologique (30 % des consultants).

La situation a conduit de nombreux médecins, généralistes et spécialistes, des paramédicaux, des administratifs, des citoyens à construire ces structures. Elles participent à rendre publique la situation sanitaire de la Grèce et au développement des luttes pour une Santé pour tous. Nous avons déposé à la coordination centrale des pharmacies la collecte des médicaments que nous avions apportés.

Nous entendons ce slogan: « cinq doigts rassemblés frappent plus fort que cinq doigts isolés ! » Fraternellement, La délégation CGT Sanofi

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Les volontaires militantEs de Vironas coordonnent un réseau de soins de 106 généralistes qui acceptent de recevoir gratuitement les malades…

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Dans l’après midi, dispensaire de Néa Smyrni ; en outre des soins dentaires et de plusieurs spécialités, ils animent des réunions publiques, organisent des concerts dans le quartier, prennent en charge de nombreux réfugies syriens. Après plusieurs jours de grève de la faim ceux-ci ont obtenu des papiers !

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3e jour

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Nous avons poursuivi nos rencontres, jeudi, prioritairement à l’hôpital.

À 11h30 : hôpital « Sotiria ». Un centre de référence pour la tuberculose, un de plus grands hôpitaux pour les maladies respiratoires.

Hôpital au bord de l’effondrement : cinq services ont fermé.

Grave pour les patients. Nous arrivons à des situations intolérables : 112 patients en 12 heures de garde ; des cancers ne sont plus soignés ; augmentation des suicides : + 40 % en quatre ans. Les médocs sont trop chers. Les interruptions de grossesse payantes, la contraception est payante aussi.

Quelques exemples des salaires : chef de service au plus haut échelon avec 25 ans d’ancienneté : 1 650 €/mois ; interne : 900€/mois, auxquels s’ajoutent des gardes de 24 heures (7/mois) : 400 à 500 €/mois. L’hôpital publique est asphyxié !

À 13h00 : hôpital « Geniko Kratiko Athinas ». Premier hôpital d’Athènes pour les pathologies couvertes. 720 lits ; 1350 salariés ; 550 départs en retraites ; manquent 450 emplois ; 1500 patients se présentent tous les jours.

Malgré tout l’hôpital fait face !

Un service de pédopsychiatrie (14 à 20 ans) : certains des jeunes ados ne peuvent payer leur billet de bus pour venir consulter. Nous constatons les mêmes maux : manque de financement, de personnel, manque de réactifs.

À 14h30 :  rencontre avec l’EKA (Centre du Travail d’Athènes) du secteur privé (il existe la même structure pour le public) : il s’agit de la représentation syndicale d’Athènes entre la confédération (interprofessionnelle) et les syndicats d’entreprises.

Nous sommes reçus par cinq syndicalistes  de syndicats différents (transports, banque, chimie et pharmacie). Ils nous expliquent le fonctionnement de l’EKA structure parallèle aux fédérations.

[…]

Les points forts sont l’emploi, car il y a eu des vagues de licenciements massifs (le chômage est passé de 3% à 30% ). En sachant que la perte d’emploi fait perdre la protection sociale, on mesure l’état des collectifs de travail et on comprend la situation sanitaire que le camarade de la pharmacie compare au tiers monde. Les conventions collectives ont été supprimées depuis 5 ans. Cette situation est imputée à la droite et à la social-démocratie. Le salaire minimum a baissé à 510€ pour les moins de 25 ans, à 582 € pour les autres. La revendication est de revenir à 751€ pour tous. Il y a un gros problème d’émigration des jeunes et des jeunes diplômés.

Ils attendent beaucoup du nouveau gouvernement, mais sans illusions. Ils parlent de la force des créanciers pour parler de la troïka. Peu d’allusion à la mobilisation.

À 19h30, rencontre avec META (syndicat proche de Syriza) syndicat du personnel hospitalier et paramédical. Ils analysent le changement politique intervenu comme essentiel. Il fait suite à un mouvement social fort. Ils demandent au gouvernement de ne pas reculer, de ne pas céder. Nous rencontrons là des représentants META de plusieurs hôpitaux d’Athènes, des militants très politiques qui poursuivent la mobilisation. Leurs besoins ? que l’on se mobilise pour que la France soit un gouvernement qui soutienne la Grèce (rires). 

Ils insistent, le chômage des jeunes est à 60 %. La privatisation est grandissante.

Le 20 mai une grève des hôpitaux est décidée.

À 20h00, rencontre avec le dispensaire de Chalandri : deux mois d’existence pour ce centre hébergé par la municipalité (banlieue d’Athènes). Le matin, des médecins payés par la ville soignent la population, et l’après-midi ce sont des médecins volontaires. La situation sanitaire est la même que celle rencontrée dans les autres centres : absence de protection sociale ; coût des médicaments ; pathologies avancées au moment de la consultation ; besoins de vaccins…

À 20h30 : rencontre dans la salle du Sénat avec des députés de Syriza.

Tour d’horizon sur la situation sanitaire catastrophique : depuis 2013 des décès d’enfants sont en augmentation. En 2013-2014,  suite à la grippe, des décès en augmentation, notamment des personnes âgées ; le vaccin coûte 6 euros ! Les médocs ont augmenté de 25 à 30%. Les maladies mentales sont en augmentation.

Besoin du mouvement populaire et des alliances avec d’autres peuples. Nous avons terminé à plus de 23h00…

« La société doit tirer les partis par la manche », dixit un député.

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4e jour

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Vendredi, avant de reprendre l’avion, visite de Daphni, hôpital psychiatrique d’Athènes.

Cinq hôpitaux psychiatriques sur huit ont déjà fermé ! Celui de Daphni doit fermer début juin sur ordre de la Commission Européenne.

Il accueille 1100 patient-e-s et en suit 600 autres, en externe, pour un effectif de 500 soignant !

Soignant-e-s et patient-e-s sont en lutte pour sauver leur hosto.

Là encore, sureffectif dans les services ; 60% de placement judiciaires et les soignant-e-s qui autrefois militaient pour la fermeture des hôpitaux et une politique de secteur, nous avouent le paradoxe auquel ils en sont réduits en défendant leurs lits, le peu qui leur reste, car l’activité extra-hospitalière a été la première sacrifiée.

Les patients vendent des fruits et légumes à l’entrée de l’hôpital pour chercher un peu de financement. Les personnels ne sont pas près de baisser les bras et considèrent qu’il leur faut se battre encore plus dur en se considérant comme les portes voix des sans voix (précaires, chômeurs, émigrés, sans logis) qui viennent augmenter la cohorte des personnes en errance psychique et sociale. Malgré tout cela, elles et ils gardent leur pugnacité. À l’entrée de la salle d’ergothérapie un portait de Rosa Luxembourg…

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Interview de membres de la délégation « au Rouge »

Emission : L’ interview de membres de la délégation accordé au journaliste Vangelis Karagiorgos pour la radio « sto Kokkino », « au Rouge ».

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