Crise sanitaire en Grèce : comment retrouver une politique efficace et durable de santé publique ?

Publié: août 6, 2015 dans Articles / Press / Grèce

Rédigé le 25/05/15 et publié le 27/06/15

« Une crise sanitaire sans précédent… », « Les grecs malades de la crise économique… ». Voici des exemples de titres que l’on peut trouver sur plusieurs médias du web (alternatives-economiques.fr, vivapresse, La Dépêche, L’Humanité etc.).

La situation sanitaire du peuple héllène semble être l’aspect le plus préoccupant de son mal-être lié à la crise économique.
Soins hospitaliers, maladies infectieuses ou encore vaccination, tous les domaines de la santé sont touchés du fait des mesures d’austérité imposées par les créanciers du pays.

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Manifestation citoyenne à Paris le 20 juin 2015 contre les mesures d’austérité
appliquées à la Grèce

Avec la cure d’austérité débutée dès 2009 par la troïka (Banque Centrale Européenne (BCE), Fond Monétaire International (FMI) et Commission Européenne), la catastrophe économique grecque ne cesse de s’amplifier (28% de chômage, une dette publique de 175% du PIB annuel en 2015, un taux d’emprunt sur les marchés financiers à plus de 9% au mois de février etc.).

Le pays compte également près de 24% de gens vivant en dessous du seuil de pauvreté d’après Le Figaro. La catastrophe sanitaire est elle une menace bien réelle et déjà encrée dans le pays suite aux problèmes que subit son économie.

Michelle Ravasi, eurodéputée française Europe-écologie Les Verts (EELV) déclarait à Athènes en février 2014 « [avoir] l’impression d’être dans un pays en voie de développement ».

Les failles dans le système de santé grec sont par ailleurs visibles à travers plusieurs exemples :

  • Une explosion de la mortalité infantile de 43% entre 2008 et 2011 d’après plusieurs rapports médicaux des universités d’Oxford, de Cambridge et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine.
  • Selon une étude du journal britannique The Lancet et l’association Médecins du Monde, le nombre de suicides a augmenté de 20% entre 2010 et 2011.

Une élévation des contaminations au VIH de 52% est également à relever sur la même période. Un chiffre notamment dû à l’accroissement du nombre de consommateurs de drogues dures (+ 20%). Par ailleurs, 85% des usagers ne seraient pris en charge par aucune structure d’accompagnement du fait de la suppression des programmes de santé qui leur était réservés.

Certaines maladies infectieuses ont également fait leur triste retour dans le pays avec de nombreux cas de paludisme, de rage et de tuberculose. Les énormes coupes budgétaires de 25% entre 2009 et 2011 au sein des hôpitaux publics expliquent en partie ce type de phénomènes.
L’extrême minceur des effectifs disponibles dans les centres hospitaliers a pu notamment être constatée par Danièle Montel, responsable CGT chez Sanofi.
Elle rapporte au site internet du journal l’Humanité que lors de sa visite aux urgences de l’établissement Sotiria situé à Athènes, une praticienne était en charge de 112 patients en 12 heures de garde.

  • La vaccination des adultes et des enfants est en chute libre du fait de l’absence de couverture médicale pour un grand nombre de citoyens grecs.

30% d’entre eux n’auraient plus accès à aucune sécurité sociale et doivent prendre en charge eux-mêmes l’intégralité de leurs frais médicaux.

Les chômeurs de longue durée sont très fortement impactés par ce manque de dispositifs d’aide à la santé publique : l’allocation de chômage d’environ 400€ par mois est supprimée au bout d’un an.

Dans ces conditions il devient quasiment impossible de faire vacciner un enfant. Un pack complet de vaccinations pour la petite enfance coûte en effet 230€ aux familles bénéficiant d’une couverture médicale. Ce montant s’élève à 1.400 voire 1.800€ pour celles qui ne perçoivent plus de prestations de santé.

  • Enfin, les soins hospitaliers posent problème aux familles grecques, particulièrement aux plus démunies. Un forfait hospitalier de 5€ a été mis en place par le précédent gouvernement d’Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie) pour les consultations médicales. Tous les examens complémentaires sont à la charge des individus et ne sont pas couverts par les assurances santé.

Le remboursement des soins encore pris en charge peut prendre jusqu’à un an. Les retraités sont fortement pénalisés par un tel système avec une pension moyenne de 350€ par mois.

A propos des accouchements, des pratiques barbares et cruelles ont été signalées par de nombreux experts médicaux présents en Grèce, comme ceux de Médecin du Monde ou encore du collectif « Solidarité France-Grèce pour la Santé » dont fait partie Danièle Montel.

Certains établissements retiennent les nouveau-nés jusqu’à ce que les parents paient les frais hospitaliers, tarifés entre 600 et 1.000€ pour ce type de soin. D’autres refusent de délivrer des actes de naissance et dans certains cas confisquent les papiers d’identité des parents.

L’eurodéputée Michelle Ravasi évoquait en avril 2014 la « guerre entre pauvres » qui subsiste dans le pays. Celle-ci viserait surtout les migrants en situation irrégulière, enfermés selon elle dans des camps de rétention « pires que des prisons ».
C’est ce qui pourrait d’après elle expliquer la très forte présence du travail au noir au sein des milieux médicaux et hospitaliers. La corruption qui en résulte participerait aussi à la dégradation du système de santé grec.

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Logo du Collectif Solidarité France Grèce pour la Santé, responsable de la délégation française en Grèce du 12 au 15 mai 2015

Au cours du mois de mai, le collectif « Solidarité France-Grèce pour la santé » a rencontré Andreas Xanthos, ministre délégué à la santé du gouvernement Syriza d’Alexis Tsipras.

L’arrivée de ce dernier au pouvoir a notamment permis de supprimer le forfait hospitalier de 5€, de rétablir et étendre la couverture maladie ou encore de rendre gratuits les soins de santé primaires quel que soit le revenu et la nationalité.

« Le temps est un enjeu crucial » déclare Andreas Xanthos. Le ministre déplore selon le collectif le cynisme des institutions européennes de Bruxelles face au danger d’une crise sanitaire et d’un régime de santé extrêmement difficile à redresser.
En 2012, il dénonçait en tant que député les 3 milliards d’euros économisés sur la santé par l’ancien gouvernement libéral. 800 millions d’euros devaient également être retirés de ce budget dans le cadre des coupes budgétaires décidées par l’Union Européenne (UE) et le FMI.
« Si un peuple est en mauvaise santé, c’est tout le pays qui est malade » déclarait à l’époque l’actuel ministre délégué à la santé au site internet de La Tribune.

« Tous les peuples d’Europe sont concernés. La Grèce est un test pour l’Europe libérale » estimait au mois de mai la responsable syndicale Danièle Montel.

Un propos qui fait écho aux dernières hausses de ton du premier ministre Alexis Tsipras, qui a déclaré que son pays « avait fait ce qu’il devait faire » et que c’était maintenant au tour de l’Europe d’accomplir ses devoirs économiques.

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Alexis Tsipras, premier ministre grec en charge des négociations avec les créanciers européens

La troïka souhaitait accorder un prêt de 7.2 milliards d’euros au pays en échange de nouvelles coupes budgétaires entre le mois de juillet et août 2015 en cas de ratification de l’accord par les deux parties.

Un référendum portant sur sa signature s’est tenu le 5 juillet dernier en Grèce et a vu le « non » l’emporter à plus de 60% des suffrages.

Le premier ministre grec a cependant été contraint de consentir de lourds sacrifices de la part des créanciers pour toucher le troisième plan d’aide qui s’élève à 86 milliards d’euros sur 3 ans. Parmi ces concessions, il figure notamment une augmentation de l’âge légal de départ à la retraite ainsi que des hausses de TVA dans la restauration, l’hôtellerie, les denrées non périssables, les produits d’hygiène ou encore les courses de taxi.

Yanis Mansouri

 

Crédits photos : France 3 Paris Ile-de-France, www.okeanews.fr et www.longerinas.typepad.fr

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