Bras de fer à l’hôpital Paul-Guiraud de Villejuif

Publié: juillet 8, 2014 dans Articles / Press / France
source / Alexandra Chaignon
Jeudi, 3 Juillet, 2014

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Villejuif, le 01/07/2014. Le personnel grèviste du groupe hospitalier Paul Guiraud occupe les locaux. Photo Pierre Pytkowicz
Pierre Pytkowicz
Obsédée par les économies budgétaires, la direction de cet hôpital psychiatrique tente d’imposer 
une réorganisation du temps de travail drastique contre l’avis des personnels, en grève depuis un mois.

En temps normal, l’hôpital psychiatrique Paul-Guiraud de Villejuif (Val-de-Marne) a tout d’une forteresse imprenable. Mais depuis quelques semaines, la « vitrine » de cet établissement hospitalier se lézarde. Grilles et façades ont été « rhabillées » de grands draps blancs aux slogans sans équivoque : « Silence, ça souffre », « Le personnel est sous pression », « Non au plan d’austérité »… Jusqu’au dernier – « 7 h 36, c’est la guerre » – qui résume à lui seul l’enjeu de la grève engagée il y a maintenant cinq semaines.

Depuis le 2 juin, à l’appel de l’intersyndicale SUD, FO, CGT et ex-CFDT (devenue Unsa), une grande majorité des personnels se battent pour protester contre un projet de réorganisation du temps de travail. Celui-ci prévoit de faire passer dès le 1er août la durée quotidienne du travail de quelque 1 200 agents (sur environ 2 000), tous services confondus (soins, administratifs, techniques), de 8 heures à 7 h 36, ce qui implique au passage la suppression de 9,5 jours de RTT. « Inacceptable », de l’avis unanime des organisations syndicales, qui exigent le retrait du projet. « D’autant que la direction nous a présenté ce projet en précisant bien qu’il n’était pas négociable, rapporte Bruno Liébon, secrétaire CGT de l’hôpital Paul-Guiraud. Tout juste pouvons-nous discuter des modalités de mise en œuvre de cette nouvelle organisation pour qu’elle ait le moins d’impact sur les soins. »

Or, c’est bel et bien le maintien de la qualité des soins qui motive les grévistes, contrairement à la campagne de dénigrement alimentée par le directeur de l’établissement. « On entend dire que nous défendons notre “confort individuel” en voulant à tout prix conserver nos RTT, que nous avons des “comportements irresponsables au vu du contexte financier actuel”. C’est réducteur, déplore une infirmière. Ce projet va avant toute chose impacter nos conditions de travail. Moi, je travaille dans l’unité des malades difficiles. J’ai déjà du mal à faire mon travail en 8 heures, comment voulez-vous que je fasse la même chose en 7 h 36 ? Il y a forcément des choses qu’on ne pourra plus faire. Et cela sera forcément au détriment du patient. »

Garder l’équilibre et la distance, 
ne pas devenir « maltraitants »

Dans les services de soins, tous dénoncent la réduction du temps de chevauchement des équipes nécessaire à la continuité des traitements. « Actuellement, nous avons 1 h 30 en commun entre l’équipe du matin et celle de l’après-midi pour parler des patients au cas par cas. En réduisant ce temps, on réduit la réflexion clinique », craint Hugues Legendre, aide-soignant dans une unité de patients polyhandicapés. Et d’insister : « En psychiatrie, le plateau technique, c’est le personnel. Si on n’a plus les conditions pour exercer correctement ce travail, on risque de devenir maltraitants. On ne veut pas devenir des matons. On est des soignants », plaide Hugues Legendre. « Moi, mon quotidien, c’est des cris, des hurlements et du badigeonnage (excréments sur les murs). Alors oui, les RTT, j’en prends une tous les quinze jours, c’est ce qui me permet de garder un équilibre et de la distance. » Un constat massivement partagé par les médecins : la CME (commission médicale d’établissement) s’est en effet opposée à ce projet et a voté une motion, arguant qu’il aurait un impact sur les soins. Les cadres de proximité ont d’ailleurs également signé une motion de soutien au mouvement.

Depuis le 2 juin, malgré une ordonnance du tribunal administratif de Melun, les syndicats occupent les locaux administratifs et la cour d’honneur de l’hôpital psychiatrique. Parallèlement, le CHSCT a voté une expertise pour « avoir les outils objectifs pour dénoncer cette organisation », explique Claude-Anne Bénazet, de SUD santé. En attendant, jour après jour, les actions se multiplient. « Nous sommes prêts à rendre les bureaux si la direction accepte de discuter de la question du temps de travail », répète Bruno Liébon. Ce qui ne semble pas être le cas. « On ne cédera pas. Il y a un caractère symbolique dans cette bataille. Nous faire céder sur les 8 heures, ce serait comme un verrou qui sauterait pour tous les hôpitaux », analyse Joël Volson, secrétaire du syndicat SUD de l’établissement. Exceptionnel sur la longueur et l’ampleur – chaque AG rassemble entre 200 et 500 personnes –, le mouvement pourrait durer. Parterre de sable, parasols, piscine, tables et chaises de jardin… Dans la cour d’honneur de l’hôpital, le décor est en effet planté, révélant la détermination des personnels à tenir le piquet de grève tout l’été.

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