La Grèce en perspective

Publié: janvier 2, 2015 dans Articles / Press / Grèce

source : Rouge & Vert N.385, p.24

Par Lena Grigoriadou

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sur un arbibus de Londres

Depuis quatre ans la Grèce est devenue le laboratoire des politiques d’austérité. Exigées par la Troïka (Banque européenne, Commission européenne , Fonds Monétaire International) contre des sommes d’argent qui servent à rembourser les intérêts de la dette, ces politiques ont amené une récession économique sans précédent, une paupérisation de plus que la moitié de la population , une réelle crise humanitaire.

Mais, en même temps elles ont pu montrer clairement qu’il ne s’agit pas d’une erreur, car en fait ces politiques obéissent à une stratégie néolibérale qui a trois objectifs. Tout d’abord, il s’agit d’un abaissement drastique du coût du travail. Il y a eu en Grèce en effet une dévaluation interne avec l’importante baisse des revenus des salariés du public et du privé ainsi que des retraités. Le deuxième objectif fut le démantèlement des services d’état et d’intérêt commun qui avec le licenciement de milliers de fonctionnaires a presque entièrement détruit l’éducation et la santé. Le troisième objectif concerne l’accroissement du grand capital par les profits générés par dépossession comme l’analyse David Harvey (mettre en note : David Harvey , Le nouvel impérialisme, Les Prairies ordinaires, 2010). Il s’agit de l’abaissement du seuil d’imposition des bas revenus et d’une série de privatisations des transports, de l’énergie, de l’eau, des ports, des aéroports et plus récemment de la mise ne vente des littoraux et des terres du pays. Ces privatisations se font par une organisation appelée avec la novlangue néolibérale Caisse de mise en valeur de la fortune publique !

De plus, des milliers d’expulsions des logements et la vente publique de ceux-ci pour dette à l’état et aux banques, accentuent le désarroi dans un pays où la vie est très chère, puisque presque tout –même les citrons et l’ail- est importé. C’est la conséquence de la politique agricole commune de l’Union européenne qui a produit un abaissement catastrophique de l’autosuffisance alimentaire. Ainsi, pour une population de 11 millions d’habitants, il y a eu une diminution d’un million de personnes en raison de l’émigration, la baisse de la natalité et l’augmentation de la mortalité infantile.

Mais, en même temps un mouvement social varié et multiforme a vu le jour. Une grande partie de ces luttes est basée sur l’auto-organisation, comme ce qui s’est passé après la fermeture de l’audiovisuel public, l’ERT, depuis juin 2013 . Les journalistes, dès le premier jour, ont continué leur travail avec des bulletins d’information visibles par internet, d’abord aux studios d’Athènes et quand ceux-ci ont été fermés par les CRS grecs en novembre 2013 ,aux studios de Salonique. La qualité d’information variée et pluraliste produite par ces journalistes autogérés qui ne subissent plus de contrôle gouvernemental est étonnante. Le journal du soir « de l’ERT libre » est un lieu de diffusion de toutes les luttes citoyennes et c’est exemplaire, surtout quand on pense que c’est fait par des personnes qui ne sont pas payées depuis un an et demi, mais « peuvent regarder leurs enfants dans les yeux » comme elles disent. C’est par l’auto-organisation aussi qu’un groupe de journalistes parviennent à diffuser chaque jour leur journal « I Efimérida ton Syntakton » qui par son sérieux a une audience remarquable.

Si la catastrophe sanitaire a été diminuée en Grèce, c’est en raison de l’ émergence de 50 dispensaires sociaux autogérés qui prennent en charge partout dans le pays les personnes sans revenus et sans couverture sociale qui dépassent actuellement la moitié de la population. La nombreuse population immigrée, prisonnière dans le pays par les accords de Dublin II qui leur interdit de traverser les frontières, fréquente également ces dispensaires dont l’existence est une réponse originale au démantèlement de la santé. (en note :En France un collectif permet le contact et les actes de solidarité avec les dispensaires http ;//solidaritefrancogrecque.wordpress.com).

C’est par l’autogestion qu’ont aussi répondu les ouvriers de l’usine BIOME , quand les propriétaires l’ont abandonnée. Ils ont repris la production avec un souci écologique de qualité et un grand désir de faire connaître leur modèle de fonctionnement par rotation des tâches et décisions prises en assemblée générale. Ils sillonnent le pays pour vendre leurs produits de nettoyage, mais aussi pour montrer que l’on peut produire sans patrons. Pour le moment ce sont surtout des épiceries et de librairies solidaires qui naisent.

La lutte des 595 femmes de ménage, licenciées par le ministère des Finances constitue une action de réelle avant-garde. Elles campent à tour de rôle devant le ministère et sont présentes avec leurs slogans, leurs drapeaux, leurs gants de ménage rouges et leur parole enflammée dans tous les rassemblements, toutes les manifestations partout dans le pays. C’est une lutte féministe d’une extraordinaire combativité.

Le très grand nombre d’assemblées populaires de quartier, mais aussi d’autres collectifs est la suite du mouvement des places de 2011, initié par l’assemblée de la place Syntagma. Elles fonctionnent par réunions hebdomadaires et s’occupent d’organiser des cuisines collectives, du soutien scolaire, des bazars de troc, mais elles se mobilisent aussi pour empêcher les expulsions des logements, rétablir le courant électrique, s’opposer aux privatisations en essayant de faire vivre leur mot d’ordre « personne ne doit rester seul dans la crise ».

Le mouvement social est en osmose avec le parti de la gauche radicale Syriza qui a eu l’intelligence de soutenir et d’encourager les initiatives citoyennes ce qui peut expliquer son impressionnante ascension qui l’a fait passer de 4°/° à environs 30°/° des suffrages, mais il est vrai qu’il a aussi su rompre d’une manière définitive les liens avec les socialistes du Pasok. La perspective d’une victoire électorale proche de Syriza qui comme parti majoritaire pourra former un gouvernement est un espoir pour le peuple grec, mais aussi pour les peuples de tous les pays de l’Union européenne .

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commentaires
  1. alcaios dit :

    A reblogué ceci sur My Bloget a ajouté:
    « Je me demande vraiment si les droits humains ont suscité la moindre préoccupation lors de la conception et la mise en œuvre des plans de « sauvetage » du pays. Au contraire, il semblerait qu’ils aient été considérés comme un dommage collatéral acceptable de la gestion de crise, ou comme une réponse bien méritée au « problème grec. Ceci est tout simplement inacceptable. », a conclu Dimitris Christopoulos, Vice-président de la FIDH.

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