Délégation du Syndicat de la Médecine Générale en Attique

Publié: novembre 24, 2015 dans P/Actualité

dss

http://www.smg-pratiques.info

Dispensaires et Pharmacies Autogérés Sociaux et Solidaires

Une délégation organisée par Le Syndicat de la Médecine Générale s’est rendue du 1er au 7 novembre 2015 à Athènes. Elle a visité une dizaine de Dispensaires et Pharmacies Sociaux Solidaires (DPSS) et rencontré des acteurs de cette solidarité.
Un adhérent de Bretagne Grèce Solidarité Santé, qui s’est surtout penché sur la problématique du transport, était présent. Ce texte n’est qu’une photo subjective de la situation actuelle en Attique.

Contexte général

Les mesures d’austérité prises par les différents gouvernements depuis 2009 ont généré une crise sociale et sanitaire sans précédent en Grèce. Près de 30% de la population est sans couverture sociale, de nombreux hôpitaux ont été fermés. Beaucoup de professionnels de santé sont partis à l’étranger pour mieux gagner leur vie. L’état de santé des plus démunis s’est fortement dégradé.

Les Dispensaires et Pharmacies Sociaux Solidaires (DPSS) sont une réponse militante à cette nouvelle situation. Les plus anciens d’entre eux ont 7-8 ans d’existence. Le premier dispensaire a été créé en Crète pour venir en aide aux réfugiés. Dorénavant, ces DPSS s’occupent de toute la population précaire grecque ou étrangère.

Ces structures se sont données pour missions de:

  1. Procurer des soins médicaux gratuits et des traitements médicamenteux à toutes les personnes qui sont privées de couverture sociale ou ne disposent pas des moyens financiers pour se soigner.
  2. Militer pour un système de santé public de qualité, accessible à toutes et à tous et pour le respect des droits des patients dans une société qui serait libérée de la férule de l’austérité. Pour cela les militants des dispensaires (… intervenants et … patients) en lien avec les organisations syndicales du secteur sanitaire et avec des associations citoyennes, revendiquent l’accès à la santé pour tous. Ils organisent aussi des interventions auprès des administrations hospitalières pour imposer l’accès gratuit aux soins, parfois sous forme d’actions, de manifestations, ou d’occupations de locaux hospitaliers.

Situation actuelle

L’association « Solidarité pour tous » coordonne des actions de solidarité dans différents champs (santé, logement, éducation, aide alimentaire) et annonce qu’elle a des liens avec 58 DPSS en Grèce dont 15 en Attique (région d’Athènes).
Cette structure a été créée principalement par Syriza mais revendique son indépendance vis à vis des partis et du gouvernement. Les députés de Syriza lui reversent néanmoins une partie de leurs indemnités parlementaires.

D’autres structures sont indépendantes ou proches d’Unité Populaire, des anarchistes, des libertaires ou encore du PC (KKE) comme à Patras par exemple.

Mais il est à noter que la plupart des DPSS collaborent et partagent une partie au moins de leurs moyens. Une liste avec les adresses de 52 DPSS est disponible sur: https://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/

Fonctionnement

Les DPSS sont situés dans des appartements ou maisons mis à disposition par des propriétaires qui, quelquefois, demandent un loyer. D’autres locaux sont mis à disposition par les mairies notamment (Centre municipal de Korydallos au Pirée).

Les DPSS sont animés par des collectifs agissant dans le cadre du bénévolat. Ces collectifs sont composé de personnel de santé : médecins, dentistes, spécialistes, infirmier(ère)s, psychologues, pharmacien(ne)s, assistantes sociales ; mais aussi par de nombreux citoyens.

La première tâche des DPSS est d’identifier les ayants droit. Pour cela ils sont inscrits sur une liste et doivent justifier de leur situation : déclaration d’impôt par exemple.

Tous les dispensaires visités possèdent un stock de médicaments.

Certains disposent de salles de soin ou de cabinets dentaires. Il n’y traitent que des cas relativement simples. Pas de grosses interventions.
D’autres fonctionnent en réseau en dirigeant les patients vers le système existant. Ainsi, des médecins, des spécialistes ou des dentistes offrent des soins gratuits dans leurs propres cabinets. Par exemple celui de Vyronas dispose de 130 soignants professionnels installés qui acceptent d’accueillir gratuitement les défavorisés dans leur cabinet.

Les médicaments sont délivrés sur présentation d’une ordonnance et en présence d’un(e) pharmacien(ne). Pas de pharmacien(ne) = pas de médicament.

Certains dispensaires ou plutôt des camps sont dédiés aux réfugiés. Les deux que nous avons visités étaient consacrés pour l’un aux Syriens et pour l’autre aux Afghans et aux Pakistanais (Eleonas). Ils les accueillent à leur arrivée des îles, pour quelques jours ,afin de leur permettre de récupérer avant de poursuivre leur route. Ils les nourrissent, leur offrent un lit, leur permettent de se laver et de nettoyer leurs vêtements et soignent ceux qui en ont besoin. A noter que le camp d’Eleonas, des réfugiés afghans et pakistanais est relégué dans une zone industrielle sale, poussiéreuse, aux routes défoncées et non goudronnées, où beaucoup de camions et autres poids lourds circulent.

Les dispensaires distribuent également parfois des vêtements ou des aliments mais il existe d’autres structures solidaires qui s’en occupent : distribution d’aliments, de vêtements. D’autres se chargent du logement, des problèmes juridiques, … Ils semblent tous connectés entre eux.

Pour les médicaments , le matériel médical ainsi que pour les fonds reçus, une coordination mensuelle réunit la plupart de ces DPSS pour procéder à des répartitions en particulier quand l’ une des structures dispose de moyens excédentaires inutilisés.

Les liens avec les hôpitaux sont nombreux,que ce soit pour la prise en charge d’une pathologie qui dépasse les compétences des DPSS ou ,dans l’ autre sens, pour dépanner es hôpitaux en médicaments car la crise ne permet pas à ces derniers de disposer de tous les moyens nécessaires.

Tout est basé sur un bénévolat intégral mais nos interlocuteurs ont bien insisté sur le caractère solidaire de leur engagement et rejettent l’idée d’action caritative.

Cette situation est pour eux provisoire et ils se battent pour que l’État reprenne au plus vite son rôle normal dans ce domaine.

Bénéficiaires

Tout d’abord les 30 % de la population des sans droits. Pour eux c’est la double peine. Lorsqu’un Grec perd son emploi il est indemnisé pendant 1 an et ensuite ne touche plus rien. Simultanément il perd tout droit à se faire soigner.

Les personnes avec de très faibles ressources sont également secourues. Mais leur cas doit répondre à certaines conditions. Certains dispensaires ne demandent aucun justificatif ou papier comme à Korydallos (Pirée).

Enfin les réfugiés. Entre le début de l’année et le 1er novembre 2015 plus de 600 000 sont arrivés dans le pays. Les Grecs partagent généreusement avec ces déracinés le peu dont ils disposent surtout dans les quartiers où les grecs eux-mêmes sont issus de l’immigration (notamment ceux qui ont fui la Turquie au XXème siècle). Les DPSS assurent la presque totalité des soins dispensés. Les « grandes » ONG comme MSF ou la Croix Rouge sont seulement présents sur le front du premier accueil , après les traversées depuis la Turquie surtout. Passé ce premier front, rien ou pas grand-chose…..

Besoins des DPSS

Les besoins sont immenses

Dans un premier temps la solidarité entre Grecs a permis de faire face en répartissant les moyens inutilisés partout où ils se trouvaient.

Actuellement les ressources nationales deviennent insuffisantes. Les dons arrivent de l’Europe du nord, Allemagne et Autriche et aussi du Royaume Uni et d’Irlande. La France, mal organisée selon certains interlocuteurs, traîne encore .

En matière de médicaments

Gros manque de stock, pénurie

A priori personne n’a dit qu’il en avait suffisamment dans une catégorie.

Certains DPSS ont des pénuries particulières mais si la quantité globale envoyée était suffisante, la régulation entre dispensaire se réaliserait naturellement par le biais des coordinations.

Tous les médicaments sont réceptionnés, enregistrés et contrôlés sous la responsabilité et en présence d’un(e) pharmacien(ne).

Les DPSS ont aussi besoin d’argent, beaucoup :

Pour acheter les médicaments importants qui manquent pour soigner les cas les plus graves mais aussi pour acheter les vaccins et les produits ne pouvant supporter le transport, ex: insuline …
Également pour acheter certains produits de base dont le transport coûterait plus cher qu’un achat sur place : coton, alcool à 90°, …

Ils ont également besoin d’argent pour des services logistiques. Par contre ils demandent que ne leur soient pas envoyés :

___•des médicaments périmés ou avec une date de péremption trop proche. Ils ne souhaitent recevoir que des médicaments ayant au minimum 3 mois de validité pour permettre une distribution et une répartition efficace. Actuellement jusqu’à 30 % des médicaments envoyés sont rejetés ce qui entraîne des coûts de destruction et un travail inutile.

___•des substances relevant de la législation sur les stupéfiants. Tout d’abord ils n’en distribuent pas. En cas de nécessité ils en financent l’achat qui est fait par le patient dans une pharmacie commerciale ou en secteur hospitalier. Ensuite parce que cette détention risque d’entraîner une fermeture du dispensaire. En effet certains policiers ou magistrats ne partageant pas les idées solidaires seraient enchantés de saisir cette occasion pour le faire. Certains dispensaires ont subi des descentes de police. La liste de produits concernés peut etre consultée notamment sur: http://ansm.sante.fr/Mediatheque/Publications/Listes-et-repertoires-Autres-produits-de-sante

___•des vaccins ou des produits demandant d’être réfrigérés en permanence. Dans la plupart des cas il s’agit de médicaments injectables. Le Syndicat de la médecine générale nous conseille d’ajouter dans les médicaments à ne pas envoyer, ceux dont le rapport bénéfice/ risque est très défavorable. Cette liste est publiée par la revue Prescrire qui est une référence reconnue dans le métier. Cela aurait également un intérêt militant auprès des professionnels Français et répond … parfaitement au point 2 que se sont fixés comme objectif les DPSS. http://www.prescrire.org/Fr/5F9F6B066269FF5045B5C11A732C0687/Download.aspx

Par contre les boites de médicaments entamées peuvent être expédiées sous réserve que les médicaments se trouvent dans leurs emballages et conditionnement d’origine et avec la notice jointe.

En matière de matériel médical

Là aussi les besoins sont très importants.

Lors de la visite avec la délégation du SMG ce point n’a été que peu traité. Il demandera de mettre en place des outils de dialogue pour éviter d’acheminer des produits inutiles et donc de dépenser en vain des fonds qui pourraient être mis à disposition des DPSS pour acheter sur place le nécessaire.

Cependant les collectifs en France ne doivent pas s’autocensurer et sont invités à organiser largement la collecte. Un tri sera réalisé ultérieurement, afin de n’expédier en priorité que les produits dont le rapport valeur vénale / coût de transport est le plus favorable .Il sera envisagé dans certain cas d’envoyer des fonds pour éviter des coûts de transport de matériel sans importance primordiale. Cette demande a été formulée par plusieurs de nos contacts Grecs.

Les besoins détectés concernent :

– les fournitures pour soins : pansements, seringues, gants stériles, poches urinaires, ….

– les matériels d’auscultation utiles aux soignants

– les matériels utiles aux soins

– tous les matériels destinés à mesurer les paramètres : thermomètre,

tensiomètre, lecteur de glycémie, pèse personnes, toise …

– les plus gros appareils tel que échographe, électrocardiographes, …

– les accessoires d’équipement de salle de soin et d’attente : table

d’examen, petits frigo, …

– des jeux pour enfants, etc.

– des véhicules en particulier ceux qui sont médicalisés

Cette liste n’est pas limitative.

Les besoins en matière de soins dentaires sont particulièrement importants. Des fauteuils dentaires, des accessoires ou des produits de soin seraient les bienvenus.

A éviter :

les produits inflammables difficile à transporter : alcool à 90°, éther, … les emballages verre

les produits périmés ou en mauvais état

Les besoins des Grecs sont bien sûr plus larges. Il est probable que si des expéditions de produits intéressants étaient faites mais ne convenaient pas aux DPSS, ceux ci seraient transmis à d’autres structures solidaires.

Réception des envois

Tous les DPSS peuvent recevoir des colis postaux.

La localisation de certains DPSS ne permet pas de recevoir des palettes ou de gros volumes envoyés. Une concertation préalable est nécessaire.

L’association « Solidarité pour tous » à la capacité de recevoir et dispatcher des conteneurs. Le collectif France Grèce Solidarité Santé est également en contact avec d’autres points où cette opération peut être réalisée.
En cas d’organisation de convois, ne pas oublier de prévenir nos correspondants Grecs.

Transports

Le transport fera l’objet d’autres textes à part mais on peut citer :

Le transport routier VL ou PL généralement plus cher surtout si il y a qu’un chargement aller
Le convoi de plusieurs véhicules aller seul et retour des conducteurs par avion. Cette solution permettrait une très forte communication. Une ébauche de projet est en cours.
Le transport dans des bagages
Envoi de palettes isolées par services de messageries Environ 500€ pour 400Kg
Envoi de conteneurs soit 10/12 palettes, pour environ 2500€

Avant de choisir un mode de transport il est conseillé et utile de comparer les solutions.

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