Les dispensaires autogérés grecs : Entretien avec Bruno Precebois

Publié: octobre 5, 2016 dans Articles / Press / France

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Propos recueillis par S.Bernard

les_dispensaires_grecs_0_0Entretien. Nous avons rencontré Bruno Percebois, un des auteurs de ce livre consacré à un des aspects essentiels de la résistance en Grèce : la lutte pour le droit à la santé.

L’idée d’écrire ce livre est venue suite à une délégation unitaire qui s’est rendue en Grèce en mai 2015 pour étudier le mouvement des dispensaires sociaux solidaires et leur apporter un soutien politique et matériel. Une activité de soutien qui avait déjà commencé depuis quelques années dans le cadre du collectif Solidarité France-Grèce pour la santé et dans différents collectifs en régions.

En effet nous avions constaté avec le développement de la crise économique et les différents mémorandums imposés au peuple grec que ces structures apparaissaient comme des outils de résistance face à la dégradation massive des conditions de soins et face au recul de la protection sociale.
Cette délégation en mai 2015 était particulièrement unitaire puisque en faisait partie des représentants politiques (PCF, PG, Ensemble, NPA), syndicaux (SMG, SUD santé sociaux, CGT Sanofi, Snesup-FSU), associatifs (coordination de défense des hôpitaux, Attac) et des membres inorganisés du collectif. Nous avons rencontré, quelques semaines après l’accession au pouvoir de Syriza, de nombreux acteurs de la santé (dispensaires, syndicalistes grecs, ministre, groupe parlementaire de Syriza). Dans un contexte de bras de fer avec la troïka, on sentait une volonté de remettre en cause les ­politiques d’austérité.
L’ensemble des éléments recueillis, les débats qu’ils font naître, nous ont amenés à penser qu’il fallait partager, et ce livre se veut ainsi une contribution aux débats.

Quel droit à la santé en Grèce ?

Il est particulièrement atteint sous deux aspects. Le premier, c’est l’effondrement du système public de soins. La liste est longue mais le nombre d’hôpitaux qui ont été fermés, la pénurie de matériel et de personnels, la fermeture de nombreux centres de santé, est réellement terrible. Il faut y ajouter les licenciements de personnels et le départ à l’étranger de nombreux médecins. Le deuxième aspect, c’est l’exclusion massive des dispositifs de protection sociale. Celui-ci est basé sur l’activité professionnelle et, en raison du chômage de masse, plus d’un tiers des Grecs n’ont plus aucune protection sociale. Les soins sont donc à la charge des malades et de leurs familles, quand ils peuvent payer.
Les conséquences sont la réapparition de pathologies qui avaient quasiment disparu comme la malaria, la hausse des suicides, des malades chroniques comme le diabète et l’hypertension qui manquent de traitements, la flambée du VIH, des cancers au ­traitement raccourci, etc.
L’austérité tue, a titré un ouvrage écrit par Sanju et Basay, sociologue et médecin britanniques. En ce qui concerne la Grèce, c’est une réalité. Alors que partout dans le monde, c’est le service public vers lequel se tournent les malades en cas d’austérité, il est concrètement criminel de le réduire de cette façon.

Quelles sont les résistances à l’austérité et aux mémorandums ?

Elles ont pris de nombreuses formes en Grèce depuis 2008. Le phénomène des dispensaires sociaux solidaires autogérés est une expérience de résistance assez inédite, qui mérite d’être connue et étudiée. Associant au niveau local des professionnels de santé volontaires et des membres de la population, ils se sont fixé pour la plupart un double objectif : fournir des soins, des médicaments, aux malades en ayant besoin, c’est la dimension solidarité, mais ce sont aussi des organes d’organisation de la mobilisation de la population pour le droit à la santé, etc. Donc une dimension militante importante avec une caractéristique : chacunE dans le dispensaire peut participer à l’assemblée générale et décider des tâches du dispensaires, de ses choix, de son fonctionnement. Cette démarche essentielle a ainsi permis à de nombreuses personnes de rester « debout », de ne pas céder et de ne pas plier face aux attaques.
Elle a aussi entraîné une modification de la relation soignants-soignés qui fait écho à une époque où on « vend du soin » au lieu de « prendre soin ».

Enfin, parle-nous de la solidarité internationale avec ces dispensaires.

Elle a pris de nombreuses formes en Europe : envoi de fonds, acheminement de médicaments et de matériel médical et paramédical… En France se sont constitués dans plusieurs régions des collectifs qui organisent ce travail de solidarité politique et matériel. Actuellement, nous préparons le départ d’une caravane de la solidarité. À partir de différentes régions s’organisent début octobre des actions pour la populariser et récolter des fonds. Ensuite les camionnettes et des militants convergeront pour le 15 octobre 2016 à Vénissieux pour une initiative à la fois politique avec Stathis Kouvelakis et Éric Toussaint, mais aussi festive, musicale, et qui se conclura par un repas. La faire connaître, envoyer des fonds1 est une manière de soutenir et de manifester sa solidarité avec le peuple grec.

Propos recueillis par S.Bernard

Présentation du livre par ses auteurs jeudi 20 octobre à 18 h 30 à la librairie La Brèche

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