Interview de Voula Taki (Maison Autonome des Femmes de Thessalonique)

Publié: juillet 17, 2015 dans Articles / Press / Grèce

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par Marche mondiale des femmes , Emilie Paumard , Voula Taki

Interview de Voula Taki de la Maison Autonome des Femmes de Thessalonique, en lutte contre la dette et l’austérité depuis 2011, concernant les événements récents.

1. Nos lecteurs et lectrices sont très intéressé.e.s par l’état d’esprit dans lequel se trouve le peuple grec. Quelle est votre opinion sur le chantage exercé par l’Union Européenne ?

Depuis quelques semaines, nous voyons arriver en Grèce un « coup d’état financier » orchestré par l’UE, la BCE et le FMI. En particulier depuis la décision du gouvernement grec de tenir un référendum appelant les grecs à dire « OUI » ou « NON » à l’accord proposé par la Troïka.

En raison de cette initiative, nous subissons ces derniers jours l’attitude dure, barbare et non-négociable de la part du Capital (les détenteurs du pouvoir financier) et de l’UE qui entendent se poser en donneurs d’ordres comme des colonisateurs (lire les déclarations de Juncker, Schäuble, Merkel etc).

Ils organisent cette attaque terroriste en s’appuyant sur leurs « serviteurs » – gardiens de l’ordre établi – le Capital local, la classe économique dominante et les médias (par la fermeture des banques, la limitation des retraits à 60 euros par jour, des employeurs commencent à ne plus honorer leurs engagements auprès de leurs employés sous prétexte du referendum, l’intimidation constante des médias privés sur le peuple, l’organisation de contre-manifestations, etc.). Cela ressemble fort à une guerre de classes.

Contre leurs attaques terroristes, les mouvements sociaux (comme nous), ainsi que les partis politiques de SYRISA et d’ANTARSYA organisent chaque jour des grosses manifestations et des marches. Les principaux slogans s’en prennent à la Troïka. En voici quelques exemples : « Non au chantage de l’UE, de la BCE et du FMI – Non à l’Euro – Non à l’UE – Non à la dette – Non à un nouveau mémorandum », « Le peuple en avant la tête haute – la seule voie est la résistance et la lutte ».

Ces slogans s’accompagnent de revendications : 
- Arrêt immédiat des négociations avec les extorqueurs – créanciers.
- Suspension de paiement immédiat et annulation de la dette.
- Annulation unilatérale des lois issues des memorandum et restauration complète du droit du travail et des droits civiques.
- Nationalisation du système bancaire et reprise en main par le peuple du pouvoir de décision sur la stratégie économique.
- Taxation sur le Capital et sur les plus riches plutôt que sur les travailleurs.
- Rupture avec l’UE et l’euro. Non au chantage, non à un nouveau mémorandum. Intensifions nos luttes.

2. Comment a évoluée la situation de la population, en particulier des familles et des femmes, au cours de ces derniers mois ?

Tout le monde sait aujourd’hui ce que le peuple grec a enduré au cours des cinq dernières années sous les violentes attaques de la crise économique. Le gouvernement précédent a détruit tous nos droits en une nuit, sous les ordres de la Troïka et au nom de la dette.

Les femmes sont frappées plus violemment par ces mesures d’austérité car comme toujours :
> ce sont les premières à être licenciées et les dernières à être embauchées.
> elles sont les plus touchées par le chômage (chez les jeunes femmes le taux de chômage dépasse les 67%).
> au vu des inégalités salariales qui prévalent depuis de nombreuses années, elles ne touchent pas de pensions décentes.
> un grand nombre de femmes travaillent sans sécurité sociale.
> elles sont les premières victimes des agressions, du harcèlement sexuel au travail et de la violence domestique (nous savons qu’au cours des trois dernières années la ligne d’appel d’urgence a reçu plus 18 000 appels concernant des violences de genre).
> ce sont elles qui supportent le fardeau de la destruction des politiques publiques de santé et d’éducation (en apportant les soins aux personnes âgées, aux malades, aux enfants…).
> elles ne peuvent plus accoucher gratuitement dans les hôpitaux publics et les nouveaux-nés sont retenus comme « hypothèques » !
> elles n’ont souvent ni nourriture, ni vêtements pour leurs enfants (selon un rapport de l’UNICEF datant de 2011-2012 la pauvreté chez les enfants avait doublé et le nombre d’enfants souffrant d’un manque de nourriture se portait à 322 000).
> 44% des ménages indiquent avoir des difficultés pour leurs enfants en bas âge.
> 32 000 élèves font face à l’insécurité alimentaire (le nom politiquement correct pour la faim).

3. Quelles sont les luttes que vos organisations mènent contre cette crise dictée par l’UE ? 

Suite à l’attaque de la Troïka nous avons créé une initiative en 2011, « l’initiative des femmes en lutte contre la dette et l’austérité ». Notre but était de former, avec d’autres mouvements, un front de résistance aux attaques néolibérales. L’initiative des femmes a développé une série d’actions pour s’attaquer à tous les problèmes mentionnés précédemment, qui sont la conséquence directe des politiques publiques imposées par les mémorandum de la Troïka et appliquées par nos gouvernements précédents.

Notre but était d’expliquer que la dette n’est pas celle du peuple, que le peuple n’est pas responsable de la dette et que nous ne devrions donc pas la payer.

Nous avons organisé des projections du documentaire Debtocracy dans différents quartiers de Thessalonique. Notre but était d’expliquer que la dette n’est pas celle du peuple, que le peuple n’est pas responsable de la dette et que nous ne devrions donc pas la payer. Nous avons participé à toutes les manifestations et les marches organisées par les syndicats. Nous avons organisé une grosse campagne contre les mesures d’austérité qui s’attaquaient au système de santé public. Notre slogan était « des soins de santé gratuits pour tous ». Nous avons participé aux mouvements antiraciste et antifasciste qui se sont beaucoup développés récemment.

Au vu des circonstances, et de l’approfondissement de la crise, nous les femmes vivons dans la privation et la pauvreté, n’ayant plus les moyens matériels pour vivre et pour faire grandir nos enfants (nourriture, chauffage, visites médicales, vaccination, médicaments, etc.).

C’est pourquoi, l’initiative des femmes a créé un lieu de solidarité, un lieu pour les femmes, qui s’adresse à toutes les femmes et en particulier aux familles monoparentales et aux femmes seules. Il s’agit d’un lieu ouvert dans lequel chacune d’entre nous peut faire entendre sa voix, car c’est grâce à notre auto-organisation que nous maintiendrons l’espoir de trouver des réponses collectives à nos problèmes et que nous résisterons aux changements imposés par le FMI.

La maison de solidarité des femmes » est ouverte de 10h du matin jusqu’à tard le soir et propose :
> des conseils juridiques concernant les violences domestiques, les problèmes liés à la santé, etc.
> des soirées de cuisine et de repas collectifs.
> des formations, des temps de débat et de discussion, des projections, etc.
> des actions directes au sujet des nouveaux problèmes rencontrés du fait de l’application des mémorandum (coupures d’électricité, saisies immobilières, diminution ou suppression des soins de santé…).

Avec notre slogan « Pas de femmes seules face à la crise » contre la culture anachronique de l’agression et du barbarisme, nous répondons avec d’autres mouvements en utilisant notre propre culture de solidarité, d’auto-gestion, de coopération, d’aide mutuelle et d’action directe (notamment en aidant les gens à accéder à ce qui reste de soins de santé publics, aux centres sociaux pour immigrés, à Médecins du Monde, aux initiatives citoyennes, etc.).

Et la Maison des femmes a obtenu des petites victoires ! En voilà un exemple : en Grèce nous avons un sérieux problème avec les coupures d’électricité car les gens – en particulier les mères célibataires et les femmes au chômage – ne peuvent pas payer la taxe supplémentaire que le gouvernement a ajouté aux factures d’électricité. Alors nous avons invité les différents groupes de quartier et nous avons organisé une protestation au bureau central de l’électricité sous le slogan « Pas de maison sans électricité ». Après notre réunion avec le directeur nous avons obtenu la reconnexion au réseau électrique pour les maisons de deux femmes, en leur assurant l’accès au tarif social, un étalement du paiement des factures et la suppression de la taxe supplémentaire.

Nous parvenons également à obtenir des consultations gratuites à l’hôpital public pour les femmes qui en ont besoin.

Et récemment, grâce à notre intervention, nous avons obtenu la garderie gratuite pour l’enfant d’une femme immigrée et avons fait le nécessaire pour qu’elle puisse obtenir un statut légal dans le pays.

En particulier à cet instant où les attaques les plus barbares du Capital et de l’UE tentent de cultiver la peur par le biais de leurs « serviteurs » et des médias, nous les membres de la Maison des Femmes – en restant soudées – tentons de répondre à ce terrorisme en prenant part aux grandes manifestations qui se déroulent chaque jour en Grèce.

Source : http://conferenciamundialdemujeres….

Traduction par Emilie Paumard

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