L’expérience d’une pharmacienne au « Coin-pharmacie » d’un supermarché – La dégradation absolue du statut du pharmacien

Publié: juillet 21, 2015 dans Articles / Press / Grèce

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Note du traducteur : Le témoignage cité est celui d’une pharmacienne grecque ayant effectué un contrat de travail en Italie, pays où la « libéralisation » de la vente des médicaments se trouve à un stade bien avancé. Les mesures, dont la situation décrite est le résultat, font partie de la néolibérale « boîte à outils » de l’OCDE, qui figure dans l’accord léonin imposé le 12/07 au gouvernement Tsipras par la Troïka. Une grande grève des pharmaciens grecs a eu lieu le mercredi 15/07 (conjointement avec beaucoup d’autres travailleurs) et des mobilisations diverses sont prévues pour l’avenir.

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« Après avoir terminé mes études en Italie, j’y suis restée un temps et ainsi il m’est arrivé de travailler en tant que pharmacienne-responsable au « Coin-pharmacie » d’un grand supermarché.

Le magasin restait ouvert de 8h00 à 21h00, weekends et jours fériés inclus. Il y avait deux personnes par poste horaire et 30 minutes de pause par 8 heures. J’étais salariée de la compagnie propriétaire du supermarché.

Cela veut dire que mes patrons étaient des personnes ignorantes de tout ce qui concerne le métier de pharmacien, ses aspects scientifiques ou déontologiques. J’étais évaluée sur ma capacité de vendre beaucoup de médicaments, des médicaments chers, pas du tout sur mes connaissances ni sur la qualité de mes conseils aux usagers.

J’étais censée vendre quotidiennement une quantité donnée de spécialitéspharmaceutiques, entendu les plus onéreuses et celles dont il y avait des stocks importants. Aucune importance si tel ou autre patient en avait besoin, ou si ça lui serait bénéfique ou nocif. La politique du magasin était d’enjoindre : « Tout ce qu’un client demande, il faut le lui vendre et aussi le convaincre d’acheter encore 2-3 produits » La prime était versée à la fin du mois seulement si le chiffre de ventes atteignait un certain seuil.

Chaque semaine la responsable régionale (diplômée de l’école secondaire) nous rendait visite pour vérifier si les vitrines étaient bien rangées, les blouses repassées, les boutons des manches fermés. Les « offres spéciales » concurrentielles faisaient rage. Les supermarchés faisaient la concurrence sur les prix de l’aspirine et du paracétamol ; je n’étais qu’une vendeuse censée servir, à la plus grande vitesse, le plus grand nombre de clients.

Voilà ce qui nous attend si cette porte [du néolibéralisme en pharmacie] allait s’ouvrir. »

Ada THEOYANNIS, pharmacienne

Association régionale des pharmacien(ne)s de Karditsa

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